Lettre ouverte à M. Ousmane Sonko Président du Pasteef

Monsieur l’honorable député et non moins Président du Pasteef, eu égard à l’ambition que vous dites nourrir pour le Sénégal, la récente tribune de Monsieur Ahmed Khalifa Niasse, vous qualifiant de salafiste est trop grave pour être passée sous silence.

 

Notre pays, terre reconnue de dialogue islamo-chrétien, pays aux multiples confréries cohabitant dans une paix et une cohésion jamais prises à défaut, n’a pas besoin d’un leader intolérant. Pour être issu de cette région et de cette ville que vous avez dépeint dans votre récent livre en des termes si élogieux, pour ne pas nommer Ziguinchor, je me fais le devoir de vous tendre la perche pour que nos concitoyens soient éclairés à jamais sur votre appartenance au salafisme ou non.

 

De Zig, comme vous l’avez appelée si affectueusement, vous dites qu’il s’agit d’un haut lieu de syncrétisme religieux. Je puis témoigner de la véracité de votre propos étant moi-même natif de cette ville cosmopolite, d’une mère catholique, d’un père musulman (Mouride) et de grands parents maternels qui revendiquent une certaine forme d’animisme. Au cas ou vous l’ignoriez, je dois vous apprendre que votre vénéré grand père, mon homonyme, Arfang Bassir Sonko. Qui, faut-il le rappeler, dirigeait le canton des Djougoutes-Nord qui s’étendaient de Diégoune à Djimande, jusqu’à Ediamath (ou Djigothe).

 

Respecté par toute la Casamance naturelle pour sa science islamique mais pour les valeurs de pardon et de coexistence pacifique qu’il prône, Arfang Bassir Sonko a incité mon propre grand père à se convertir à l’islam. D’ailleurs, je saisis l’opportunité pour rendre un vibrant hommage au regretté marabout Kaoussou Diaïté, lequel, paix à son âme, est, pourrais-je dire sans risque de me tromper, le personnage historique auquel aussi bien votre grand père que le mien entre autres originaires de la région méridionale peuvent s’identifier. Ce, pour avoir motivé nombre d’entre nos aïeuls, particulièrement le vôtre, à se convertir à la religion musulmane. Mieux, beaucoup de mes proches, ayant rejoint l’au-delà, sont enterrés dans le célèbre cimetière de Santhiaba où cohabitent différentes confessions de la Casamance.

 

Je suis donc, comme des millions de Sénégalais, le condensé de ce Sénégal, nourri à la sève de cette tolérance, qui regarde d’un œil intéressé cette « guerre des civilisations » venue d’ailleurs avec son lot de violence et de discours devenus de plus en plus tendus et clivés, jurant avec les principes qui ont guidé toute ma vie.

 

Monsieur l’honorable député, étant de la même génération que vous et pensant que nous partageons au moins ces idéaux d’un monde de paix et de justice, je n’arrive toujours pas à croire M. Ahmed Khalifa Niasse, vous accusant d’une posture religieuse qui participe à l’exacerbation des relations entre les hommes.

 

Comme vous le savez, le salafisme, dans la géopolitique mondiale actuelle est reconnu comme un des facteurs d’installation durable de la violence dans les rapports de force à l’échelle internationale. Doctrine absolutiste par excellence, il prône l’effacement de toutes les nuances et l’instauration d’un radicalisme politique, économique et social.

 

Dans notre pays, son triomphe se traduirait par, non seulement une forme de rupture de ce dialogue islamo chrétien qui nous est cher, mais également par une forme de chasse aux équilibres confrériques.

De ce fait, voir un jeune leader politique de 43 ans, accusé d’appartenir au salafisme ou même d’avoir des accointances avec ce courant radical m’interpelle et m’interroge.

 

Étant dans un monde marqué par une ouverture et une transparence dans la circulation de l’information, je me plais à dire que de telles accusations ne peuvent laisser indifférent leur cible. Il y a comme un besoin urgent de lever les équivoques sur certaines insinuations car l’esquive ne saurait être la bonne attitude parce qu’elle ne fait que jeter le trouble dans l’esprit des citoyens et brouiller leur lecture de la posture du leader politique que vous êtes.

 

À travers cette lettre, M. Sonko, le citoyen que je suis, devant faire un choix parmi ceux qui voudront diriger ce pays demain, vous interpelle et vous prie de bien vouloir comprendre qu’il ne peut se satisfaire d’aucune réponse teintée de langue de bois.

 

Notre mémoire est encore habitée par l’histoire du FIS en Algérie qui a pris le pouvoir selon des principes de démocratie et à vite voulu instaurer un régime totalitaire.

 

Honorable Ousmane Sonko, le Sénégal vous regarde et vous écoute et vous devez lever toute équivoque concernant cette question.

 

Arfang Lamine Bodian

Consultant International Business Development


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 badianearfanglamine@gmail.com

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