Zimbabwe : la colère gronde, signe d’une menace contre Mugabe

Manifestations, grève générale et mobilisation sur les réseaux sociaux sur fond de crise économique secouent le Zimbabwe, pays où la contestation s’exprime rarement au grand jour, signe d’un ras-le-bol grandissant de la population contre le président Robert Mugabe selon des analystes.

L’économie du Zimbabwe est plongée dans une crise sans fin depuis plus d’une décennie. Les banques manquent cruellement de liquidités, tout comme le gouvernement qui n’a pas pu payer en juin les salaires des fonctionnaires, à l’exception de ceux des forces de l’ordre.

Les autorités ont interdit l’importation de produits de première nécessité, comme l’huile et le lait en poudre, officiellement pour favoriser les produits locaux. Mais la décision a été très mal accueillie au moment où le pays est frappé par une grave sécheresse, qui menace de faim des millions de personnes.

« Les gens commencent à se demander qui est la source de leurs problèmes. La colère monte », souligne Rushweat Mukundu, analyste politique à l’Institut pour la démocratie au Zimbabwe, basé à Harare.

« Les actes spontanés auxquels on assiste pourraient s’intensifier jusqu’à un soulèvement » contre le président Mugabe, qui dirige son pays d’une main de fer depuis 1980, affirme-t-il à l’AFP.

Les manifestations mettent en lumière la frustration grandissante de la population, d’habitude étouffée par les forces de sécurité, dans un pays où 90% des actifs n’ont pas d’emploi formel.

Mercredi, le pays a tourné au ralenti lors d’une grève générale à l’appel des syndicats, événement rarissime: de nombreux commerces, écoles et tribunaux sont restés fermés, tandis que les transports en commun étaient paralysés.

Déjà, en début de semaine, les chauffeurs de transports en commun avaient protesté contre la corruption policière. Les autorités ont procédé à une centaine d’arrestations.

Quelques jours plus tôt, environ 70 personnes avaient été interpellées au poste-frontière de Beitbridge (sud), frontalier de l’Afrique du Sud, alors qu’elles dénonçaient l’interdiction d’importer des produits de première nécessité.

« Les fonctionnaires qui étaient loyaux au gouvernement parce qu’ils recevaient leur salaire et profitaient de leur position pour se remplir un peu les poches font désormais partie des mécontents », constate Rushweat Mukundu.

Même la police et l’armée – essentielles à Robert Mugabe pour se maintenir au pouvoir – ont été payées avec une douzaine de jours de retard le mois dernier.

Vendredi, M. Mugabe a une fois de plus rejeté sur les puissances occidentales la responsabilité du retard du paiement des salaires des fonctionnaires.

« Le paiement des salaires peut être retardé à cause des sanctions », s’est-il justifié lors d’un meeting politique.

Ces sanctions, imposées par les pays occidentaux en raison des violations des droits de l’homme au Zimbabwe, ne visent toutefois que le président et son entourage.

Mugabe indéboulonnable ? 

Pour sortir de l’impasse, Harare cherche à négocier un emprunt auprès du Fonds monétaire international (FMI), mais les donateurs internationaux restent méfiants vis-à-vis d’une aide qui pourrait maintenir sous perfusion le régime Mugabe plutôt qu’encourager des réformes.

Le Zimbabwe, qui a abandonné sa monnaie à la faveur du dollar américain en 2009 pour mettre fin à l’hyperinflation, dépense plus de 80% de ses revenus dans les salaires des fonctionnaires et compte parmi les pays les plus corrompus au monde.

« Il y a une incapacité à régler la crise. Rien en dehors de réformes politiques et économiques ne mettra fin à la crise », estime Ibbo Mandaza, à la tête de l’institut Southern Africa Political and Economic Series.

« Les forces de sécurité ont eu la main lourde (contre les manifestants) en frappant et en détenant de façon arbitraire des militants », estime pour sa part Robert Besseling, à la tête de EXXAfrica, spécialisé dans l’intelligence économique. « Un coup militaire ou toute autre forme d’intervention est de plus en plus probable », affirme-t-il.

Mais Robert Mugabe, héros de l’indépendance et plus vieux chef d’Etat du monde en exercice, a prévu de se présenter à la présidentielle en 2018. Il aura alors 94 ans.

Dans ce contexte délétère, un mouvement lancé sur les médias sociaux, #ThisFlag (#CeDrapeau), a rapidement pris de l’ampleur.

Le pasteur baptiste Evan Mawarire, à l’origine du mouvement, s’est rapidement fait un nom en publiant une vidéo sur internet où il s’en prend à la corruption et à l’incurie du gouvernement. Il a suggéré une nouvelle grève générale la semaine prochaine.

Source:jeuneafrique

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